L’ombre dans le miroir – Dominique Loreau (Esperluète Éditions, 2014)

Après avoir fait la rencontre d’un homme mystérieux dans un bar, une jeune fille en quête de vérité universelle quitte son pays natal pour découvrir de nouveaux horizons, se découvrir elle-même. Au cœur du voyage, le doute s’installe insidieusement: si ce qu’elle poursuivait n’était qu’une chimère?

A moitié conte, à moitié songe, L’ombre dans le miroir est une fable moderne. L’occident y rencontre l’orient, l’individu capitaliste y affronte la collectivité, la pauvreté, avec ce vertige nécessaire que provoque le choc des cultures.

Assoiffée de connaissances, avide de frissons, au bord de la schizophrénie, Claire part à l’aventure. Voyage vers un autre monde au sein du monde; voyage intérieur à la recherche d’elle-même, de réponses à ses questions, d’un sens à son existence. Nombreux sont les mirages sur son chemin. Ressort-on indemne d’un tel périple?

L’écriture de Loreau se boit comme du petit-lait. Ses phrases chantantes font mouche, son rythme souple berce. Le récit est une somme de dialogues intérieurs entre soi et soi, de pensées mélangées, d’introspection quasi permanente. Seul bémol: une fin abrupte, qui laisse un goût de trop peu.

Les illustrations de Lionel Vinche, dont la noirceur naïve nous replonge dans nos cauchemars d’enfance, viennent ici et là compléter le texte.

Un petit mot également sur la maison d’édition Esperluète, qui s’est donné pour noble but de mettre en valeur des talents artistico-littéraires, et semble proposer de beaux ouvrages de qualité, contenu et contenant parlant.

Un livre à savourer en terrasse, avec un verre de vin rouge italien – mais n’est-ce pas le cas de tous les romans?

Morceau choisi:

« Au petit matin, elle sort. Sous le souffle léger du vent, elle éprouve une subite envie de nature, de fraîcheur, de senteurs d’herbe mouillée, de chants d’oiseaux. Elle monte dans un tram qui file en grinçant vers la campagne, et descend au terminus, dans une ruelle tranquille bordée de quelques maisons entourées de jardins et de champs. Elle regarde autour d’elle; tout est beau, gai, riant; le soleil  illumine le monde; l’herbe jeune se dresse vigoureusement vers la lumière; les pétales déployés des fleurs de magnolias s’effondrent avec langueur; les pompons chiffonnés des cerisiers du Japon semblent hésiter entre ouverture au monde et replis frileux. Et pourtant, curieusement, les couleurs paraissent assombries, ternes, irréelles. On dirait que le soleil est devenu froid, indifférent, on dirait que sa lumière éblouissante recouvre le monde d’un voile noir, impalpable et pesant, comme s’il était en deuil. Le monde est désenchanté. Que se passe-t-il? »

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