Exercice de style impopulaire, la lettre d’acandidature et de démotivation gagne à être connue. Mais, me demanderez-vous, comment maitriser cet outil indispensable à toute non recherche de travail ? Tout simplement grâce à ce petit manuel anarcho-surréaliste, qui vient aimablement en aide aux non demandeurs d’emploi du royaume. Christophe Kauffman signe ici une œuvre à contre-courant, faussement légère.
Au départ, cela n’a l’air que d’un petit recueil irrévérencieux, amusant, potache. On le lit d’une traite ou par petits bouts, c’est comme on veut, ou comme on peut. De lettre en lettre, le sourire grimace au fur et à mesure que la plume dénonce, moque, conspue, sous ses airs de ne pas y toucher. On se surprend à avoir mal: mal à la société, cette société qu’on essaie d’aimer malgré ses travers gros comme des camions, ses injustices sociales, son capitalisme exacerbé, l’absurdité de la routine métro-boulot-dodo – tous ces défauts que l’on élude ordinairement et que Christophe Kauffman nous jette à la figure avec style et humour.
Attention, lecture à distiller, se savoure par petites doses.
Un livre à sourire, et à réfléchir.
Morceau choisi : « Au contraire, la vision matutinale des soubresauts provoqués par le réveil d’une ville à l’heure où les prolétaires s’en vont, gamelle à la main, gagner à la sueur de leur front les bénéfices de leurs actionnaires m’emplirait plutôt d’une sorte de béatitude quiète dont je n’exclus pas qu’elle soit due en partie au fait que je ne suis pas des leurs. »



Quand on se risque à ouvrir un recueil de poèmes, littérature peu à la mode en cette époque de best-sellers et autres livres bankables, on débarque dans l’intimité la plus crue de l’auteur des faits d’une façon particulière : c’est comme franchir une porte après y avoir été invité, tout en ayant l’impression d’entrer par effraction. En une centaine de pages, on connait l’écrivain mieux que son propre frère ; on devient le cambrioleur d’une âme dont on a fait sauter le verrou de chaque tiroir pour en examiner minutieusement le contenu…
Joséphine. La grande Josée. Quelque part, il fallait oser. Peu d’écrivains se seraient lancés dans ce genre d’aventure : prendre pour sujet l’existence lentement ordinaire d’une employée de la Poste en fin de course. Un pari risqué mais réussi, doublé d’une perle stylistique dans son genre très particulier.
Dans ce troisième roman, Hélène Delhamende embarque ses lecteurs dans l’univers dark’n’chic du thriller mondain. Véritable hymne à la psychose, Lara Gardner a disparu fait partie des livres qu’on lâche à regret quand le sommeil ne peut plus attendre.
En ces temps troubles de chasse aux chômeurs et d’élévation du CDI au rang de valeur suprême, à notre époque de la dictature du « vrai » travail – qui va de pair avec une servilité de masse consentie au nom de fins de mois moins douloureuses, l’anéantissement de nombreuses vocations et une réduction de l’art à un hobby dominical – on ne peut que s’émerveiller des rares voix qui s’élèvent à contre-courant du martèlement quotidien de la pensée unique fonctionnaire, métro-boulot-dodo.